Des secrétaires d'écoles surchargées
Une situation qui pourrait les conduire à l'épuisement professionnel
Surcharge de travail, de responsabilités et d'émotions. Une épidémie d'épuisement professionnel menace les secrétaires d'école du Québec, selon un spécialiste des relations de travail.
Le redécoupage des commissions scolaire, en 1998, a donné d'avantage de pouvoir aux écoles de la province. Mais pas plus de ressources.
"Les écoles ont donc décidé de faire plus avec moins, et les secrétaires ont écopé", explique le professeur Angello Soares, de la Faculté des sciences de la gestion de l'UQAM.
Cinq ans plus tard, les secrétaires ont vu leurs tâches exploser. Mais elles gagnent le même salaire qu'auparavant.
Intolérable
pour Micheline Beauchamp, une secrétaire comptant 25 années d'expérience, la situation est intolérable." Je me sens ben écoeurée, lance celle qui oeuvre à l'école primaire Joseph-Henrico, de Baie-D'Urfé." Je suis épuisée, et pourtant je travaille dans une petite école, avec une directrice en or"
Mme Beauchamp a raison de protester, selon le professeur Soares. «On demande trop aux secrétaires, tranchet-il.
«Elles ont une surcharge quantitative de travail, mais aussi qualitative, dit-il. Elles doivent par exemple développer rapidement de nouvelles compétences.
«Les secrétaires vivent aussi une surcharge émotive, note M.Soares. C'est elles qui doivent gérer les contacts avec les gens de l'extérieur de l'école. Elles rencontrent donc des individus qui ne sont pas toujours gentils... Ce n'est vraiment pas facile.»
Travail bâclé
Pour S'acquitter correctement de toutes leurs tâches, les secrétaires commencent à prolonger leurs heures de travail et à couper leurs pauses. Ce qui pourrait bien les conduire à l'épuisement professionnel, selon le professeur Soares, qui prépare d'ailleurs une étude à ce sujet.
Les secrétaires risque également de commettre davantage d'erreurs.
« Mon travail est plus bâclé qu'avant, explique Micheline Beauchamp. Des fois, par exemple, je n'ai pas le temps de parler aux enfants qui viennent me voir, dit-elle. Et si un intrus entre dans l'école, je ne peux pas toujours vérifier de qui il s'agit. Ça pourrait avoir un impact sur la sécurité des enfants», lance t-elle.
Les candidats ne se bousculeront pas aux portes de l'école...
Les écoles auront beaucoup de difficulté à trouver des candidats pour remplacer les secrétaires qui prendront leur retraite, au cours des prochaines années.
«Les candidats potentiels ont peur du burnout qui les guette. ils craignent de devoir travailler dans un milieu de travail qui n'est pas sain» explique le professeur Angello Soares.
33 000$ par année après 25 ans de service
Le salaire offert aux secrétaires d'école est également loin d'être alléchant, malgré les responsabilité qui leur incombent.
Micheline Beauchamp, qui est dans le métier depuis 25 ans, gagne à peine 33 000$ par année.
« On n'est pas payées pour ce que l'on fait, peste-t-elle. C'est complètement démesuré.»Le prof Soares est d'accord.
«Les secrétaires vivent un profond sentiment d'injustice, dit-il. Le salaire qu'elles reçoivent n'est pas équitable. Avec toutes les responsabilités qu'on leur met sur le dos, c'est un cocktail explosif.»
(Sources Sébastien Ménard journal de Montréal 3 décembre 2003).